L’art français à la Galerie nationale d’Oslo, 1e partie : les peintres [no]

Plusieurs grands maitres français sont exposés à la Galerie nationale d’Oslo : Monet, Gauguin et Cézanne, sans oublier Delacroix, Courbet et Manet. Grâce à l’acquisition de ces œuvres, sous forme d’achats ou de dons, le petit musée qu’était la Galerie nationale à la fin du XIXe siècle est devenu un musée de niveau international au début des années 1900.

Pour découvrir l’histoire de cette collection française, l’Ambassadeur de France en Norvège, M. Jean-François Dobelle, a suivi M. Nils Messel, historien de l’art et curateur de la Galerie nationale pendant de nombreuses années, pour une visite guidée.

JPEG - 99.1 ko
L’ambassadeur, Jean-François Dobelle, et l’historien de l’art, conservateur et auteur, Nils Messel.
Crédits photo : Beate Orten, Nasjonalgalleriet

Nils Messel est l’auteur du livre « Franske forbindelser ». Cet ouvrage, non traduit en français, étudie l’arrivée de l’art français en Norvège à la fin des années 1800. Le livre a été publié l’année dernière, à l’occasion du 100e anniversaire de l’association Nasjonalgalleriets Venner (« les amis de la Galerie nationale »), à qui on doit une grande partie de la collection d’œuvres françaises actuellement exposées dans ce musée. « C’est une histoire trop peu connue », explique Nils Messer, qui revient sur les raisons qui l’ont poussé à écrire ce livre. « C’est pourtant un tournant majeur de l’histoire de la Galerie nationale, et il est frappant de constater à quel point il était difficile d’acquérir des tableaux français », ajoute-t-il.

Une période difficile

La Galerie nationale a ouvert ses portes en 1837. Le courant romantique national, très attaché aux traditions norvégiennes, était alors à son apogée. Alors que l’objectif de ce musée était de présenter une large collection d’œuvres étrangères, l’art norvégien s’est vu accorder une place prédominante, au détriment des artistes étrangers. La dizaine de toiles françaises, acquises dans les années 1840, n’a d’ailleurs pas suscité l’intérêt du public. Le premier tableau français à acquérir une certaine notoriété à la Galerie nationale après 1940, le « Portrait d’un jeune homme » de Thomas Couture, n’avait été acheté que pour la modeste somme de 300 NOK, à un particulier.

Inspirés par Paris

JPEG - 17.1 ko
Claude Monet, Etretat (Regnvær), 1886.

Au cours de la visite, Nils Messel explique que les Norvégiens ont commencé à s’intéresser à l’art français dans les années 1860 : « Alors qu’ils étaient traditionnellement proches des milieux artistiques allemands, l’invasion du Danemark par la Prusse a poussé les Norvégiens à se tourner vers la France ». A Paris, au début des années 1880, les artistes organisaient leurs propres expositions au Salon de l’Académie des beaux-arts. Inspirés par les tendances en vogue dans le monde des artistes parisiens, des artistes norvégiens ont ouvert à Oslo un salon, qui prit par la suite le nom de « Høstustillingen » (exposition d’automne), évènement annuel encore incontournable aujourd’hui. Paul Gauguin, Claude Monet, Edgar Degas et Camille Pissarro ont tous été invités de cette exposition à la fin du XIXe siècle, et ont vendu certaines de leurs œuvres à la Galerie nationale par la suite. « Etretat », de Claude Monet était l’une d’entre elles.

Un francophile à la tête de la Galerie nationale

JPEG - 17.5 ko
Paul Cézanne, Nature morte : pot à lait et fruits sur une table (Oppstilling med frukt og mugge), ca 1890.

Le premier directeur de la Galerie nationale, Jens Thiis (nommé en 1909) avait deux passions : Edvard Munch et l’art français. « C’est lui qui s’est lancé dans l’acquisition de toiles françaises », explique Nils Messel. En effet, ce jeune directeur de musée a effectué plusieurs voyages à l’étranger pour acquérir des œuvres d’art, avec les 16 364,51 NOK qu’il avait à disposition.

Mais l’art français était cher. Jens Thiis a dû débourser 25 000 francs pour l’acquisition de « Pot à lait et fruits sur une table », une nature morte de Paul Cézanne. C’était au-delà de son budget, mais le plus important pour lui était de ramener cette peinture en Norvège. Par la suite, il acheta également un autoportrait de Vincent van Gogh pour 10 000 francs.

JPEG - 1.1 Mo
M. Nils Messel et M. l’ambassadeur, Jean-François Dobelle, devant un portrait de Vincent van Gogh (Selvportrett), 1890

Première guerre mondiale

Les pays scandinaves étaient neutres pendant la première guerre mondiale. En l’absence de dépenses militaires, ils ont enregistré une croissance économique rapide. La Norvège, mais aussi la Suède et le Danemark, sont rapidement devenus les premiers acheteurs d’œuvres françaises, détrônant l’Allemagne et les Etats-Unis. Les dons privés à la Galerie nationale ont afflué, permettant au musée d’étoffer sa collection, notamment avec « La dame au chien » d’Edgar Degas, offerte par un riche armateur en 1918.

L’association “Les amis de la Galerie nationale”

JPEG - 16.6 ko
Pablo Picasso, Le pauvre ménage (De fattige), 1903

En 1917, de riches amateurs d’art se sont réunis dans une association, “Les amis de la Galerie nationale” (Nasjonalgalleriets Venner), dont l’objectif était d’établir un fond pour l’achat d’œuvres d’art étrangères. Après le don du « Pauvre ménage » de Picasso en 1918, les dons de l’association se sont multipliés, et la galerie a fini par rassembler ces tableaux de Monet, de Courbet, de Picasso et de Matisse dans une même salle. « Le portrait de Madame Manet, « Dans la serre », est mon préféré », admet Nils Messer en poursuivant sa déambulation dans les salles de la Galerie nationale. Adjugé 85 000 NOK, il était le tableau le plus cher du musée à l’époque.

L’association existe toujours, et une plaque dans la salle française lui est dédiée, même si cette dernière accueille désormais également des œuvres d’artistes d’autres nationalités. « Les Norvégiens sont toujours aussi intéressés par l’art français, avant tout par l’art historique », confie Nils Messer à l’Ambassadeur Jean-François Dobelle.

JPEG - 1.3 Mo
La salle des amis de la Galerie nationale/"Nasjonalgalleriets Venners sal"

Pour découvrir l’histoire complète de l’art français à la Galerie nationale d’Oslo, nous vous recommandons la lecture de “Franske forbindelser. Kunst, kapital og konjunkturer i Norge rundt 1. Verdenskrig », publié en norvégien par Nils Messel en 2017. Le livre n’est pas traduit en français.

Crédits photos (si rien d’autre n’est indiqué) : Ambassade de France en Norvège, service de presse et de communication.

Voici d’autres photos de la visite.

JPEG - 4.7 Mo
Crédits photo : Beate Orten, Galerie nationale

JPEG

JPEG - 511.1 ko
Crédits photo : Beate Orten, Galerie nationale

JPEG

publié le 27/07/2018

Haut de la page