Relève à l’Ambassade de France : le nouvel attaché de défense prend ses fonctions [no]

Arrivé tout droit des Etats-Unis, où il était en poste au sein du Commandement allié Transformation de l’OTAN basé à Norfolk, le Capitaine de frégate (grade d’officier supérieur) Xavier Michel se glisse pour la première fois dans le costume d’attaché de défense. L’occasion pour nous de lui poser quelques questions.

La période estivale est souvent propice aux changements dans de nombreux secteurs, et la mission de défense de l’Ambassade de France en Norvège n’a cette année pas fait exception à la règle. Après trois années à la tête de la mission, le Capitaine de frégate Laurent Binois a passé le témoin au Capitaine de frégate Xavier Michel le 8 août dernier.

« L’AD » (attaché défense) : un poste aux multiples fonctions

Aujourd’hui, l’attaché de défense, militaire nommé en France par le Ministère des Armées pour une période de trois ans, participe pleinement de la diplomatie de défense des Etats et remplit des fonctions diverses :

- Il est tout d’abord le premier conseiller de l’Ambassadeur sur les questions de défense ;
- il est, tout à la fois, le représentant et le promoteur des intérêts militaires et sécuritaires de son pays dans le pays dans lequel il est en poste ;
- il doit s’assurer d’établir une collaboration optimale entre les deux pays dans le domaine militaire ;
- il est le premier relais auprès du Ministère des armées de la situation politico-militaire du pays dans lequel il travaille. A ce titre, il est chargé d’informer la France en permanence de toutes les questions relatives à la défense et à la sécurité, ce que l’on appelle la veille stratégique.

En bref, l’attaché de défense est donc l’intermédiaire prioritaire et indispensable entre les autorités de défense de son pays d’origine et du pays dans lequel il est missionné.

Le Commandant à la Mission de Défense à Oslo - JPEG

Rencontre avec le Commandant Xavier Michel, le nouvel attaché de défense en Norvège

L’arrivée d’un nouvel attaché de défense à l’Ambassade a été pour nous l’opportunité de poser quelques questions au « Commandant Xavier Michel » (appellation usuelle de tous les officiers supérieurs de la marine nationale, NDLR), pour connaître un peu plus sa vision du poste et ses motivations.

Quelles sont vos premières impressions sur les relations bilatérales franco-norvégiennes en matière de défense ?

Ah, difficile entrée en matière, car je viens à peine d’arriver ! Mais j’ai été particulièrement marqué au cours de ces premiers jours par l’entente cordiale qui semble régner entre les deux pays, et que j’ai pu constater à travers mes premiers échanges protocolaires et ma visite d’accréditation. Il y a une relation à la fois franche, sincère et amicale entre les forces armées françaises et norvégiennes, et ces dernières paraissent très réceptives pour développer la coopération dans le domaine de la défense, ce qui est un bon point.

Qu’est-ce-qui vous a amené à postuler pour le poste d’attaché de défense en Norvège ?

Je pense que l’on pourrait scinder ma réponse en deux parties.

Il y a tout d’abord l’attrait du poste d’attaché de défense en lui-même : c’est une fonction qui offre d’importantes responsabilités, et qui permet des contacts multiples, sur un plan à la fois proprement militaire, mais aussi dans le domaine stratégique ou encore industriel. J’ai aussi été attiré par la grande part d’autonomie que requiert la fonction, car l’attaché de défense a l’opportunité de dialoguer directement avec l’Ambassadeur et la DGRIS (Direction Générale des Relations internationales et de la stratégie du ministère des armées, NDLR), ce qui me plaît beaucoup.

Ensuite, il y a le choix de la Norvège, qui s’est fait sur des critères plus personnels. La Norvège se situe dans une région que j’apprécie, et qui est stable. Je n’étais jamais venu en Norvège auparavant, mais j’avais déjà visité les autres pays scandinaves. Ma famille était également enthousiaste à l’idée de venir dans ce pays, et cela a constitué un facteur déterminant dans mon choix, car la vie de famille est essentielle dans la vie d’un militaire, et il est primordial pour l’équilibre de vie que toute la famille puisse se sentir à son aise. On a souvent tendance à dire qu’un militaire n’est rien sans le soutien de sa famille… Et je crois que cette déclaration comporte une bonne part de vérité !

Quels intérêts / quels enjeux stratégiques et militaires y a-t-il en Norvège ?

Je pense que la Norvège fait actuellement face à un défi à la fois capacitaire et humain.

Sur le plan capacitaire, l’armée norvégienne est aujourd’hui en développement et continue sa transformation. Son attachement à l’OTAN pousse le pays à se conformer aux règles de l’alliance (consacrer 2% de son PIB au budget de la défense, NDLR), ce qui nécessite des investissements importants. C’est ce que fait la Norvège à travers son Long Term Defence Plan, qui fait état des besoins de ses armées pour les années à venir.

Dans le même temps, la Norvège fait face à un obstacle majeur, comme d’ailleurs la plupart des pays dits « occidentaux », qui est celui de la ressource humaine. Développer ses armées nécessite aussi de recruter ! Attirer des hommes et des femmes demeure aujourd’hui un défi pour le pays. Même si on assiste une augmentation de popularité des formations différentes au sein du système militaire en Norvège, la fidélisation des jeunes reste toujours une tâche difficile.

Quelles seront vos priorités / votre ligne directrice pour ces trois années à venir en tant qu’attaché de défense ?

Sur l’aspect opérationnel, j’aurai à cœur de développer et renforcer les relations franco-norvégiennes. L’interopérabilité entre nos deux armées sur le terrain doit être encore plus approfondie, et la piste d’une coopération au Sahel est une opportunité à travailler.

En outre, j’ai aussi la volonté de soutenir l’implication grandissante de la Norvège dans le développement et le renforcement d’une Europe de la défense. Même si la Norvège ne fait pas partie de l’Union européenne, il me semble que la défense doit se penser au-delà des bornes politiques, et la défense norvégienne a, à ce titre, toute sa place dans le développement d’une plus grande coopération entre pays européens dans le domaine militaire dans les années à venir.

JPEG


Le saviez-vous ?

Bien qu’encore peu connu du grand public, le poste d’attaché de défense n’est pourtant pas tout à fait nouveau : c’est dans la première moitié du XVIIème siècle, alors que la Guerre de Trente-Ans déchire et meurtrit l’Europe, que le Duc de Richelieu décide d’envoyer certains de ses militaires à l’étranger pour nouer des liens avec les forces alliées. Derrière cette intention de coopération affichée, Richelieu y voit aussi une opportunité stratégique pour mener des activités de surveillance et de récolte d’informations. A partir de ce moment, la pratique n’aura de cesse de se répandre au cours des décennies et siècles suivants, un grand nombre de pays emboîtant progressivement le pas à Richelieu et contribuant ainsi à la mise en place d’un réseau mondial d’attachés de défense.

Avec ses 88 missions de défense lui permettant de couvrir 166 pays, la France figure actuellement parmi les Etats ayant le réseau d’attachés de défense parmi les plus développés.

Commandant Xavier Michel a beaucoup voyagé pendant sa carrière, notamment dans les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) - JPEG

publié le 22/09/2020

Haut de la page