Une délégation française en Norvège pour visiter les sites des attaques terroristes du 22 juillet 2011

Les 14 et 15 octobre, une délégation française en charge de l’œuvre de mémoire en faveur des victimes d’actes terroristes s’est rendue à Oslo, pour visiter les sites des attaques du 22 juillet 2011, dans le quartier du gouvernement à Oslo et sur l’île d’Utøya.

Les 14 et 15 octobre, la délégation interministérielle à l’aide aux victimes (DIAV) et la mission de préfiguration du musée-mémorial des sociétés face au terrorisme, se sont rendues en Norvège, pour visiter les sites des attaques terroristes du 22 juillet 2011, dans le quartier du gouvernement à Oslo et sur l’île d’Utøya. Pendant deux jours, les six membres de la délégation française, menée par l’historien Henry Rousso, ont pu longuement échanger avec des intervenants norvégiens, sur la réponse apportée aux évènements du 22 juillet 2011 notamment l’œuvre de mémoire engagée sous de multiples aspects, leur perception aujourd’hui, la transmission aux futures générations, l’aide apportée aux victimes et à leurs proches par différentes institutions, et l’hommage qui leur a été rendu. Le Président de la République, M. Emmanuel Macron, a souhaité la création d’un musée mémorial dédié aux victimes du terrorisme en France dans le cadre d’une politique mémorielle d’envergure, comprenant également une date d’hommage national à toutes les victimes du terrorisme fixée au 11 mars, à partir de 2020.

« Le musée mémorial couvrira les évènements des 50 dernières années en France », explique Rachid Azizi, responsable de la communication et des relations institutionnelles de la DIAV.

Au Centre du 22 juillet (22. juli senteret), situé au cœur de la capitale, où une bombe avait explosé au pied du bâtiment du gouvernement, la délégation a pu échanger à propos de son expérience et de ses méthodes de travail relatives notamment à la création récente en France d’un centre national de ressources et de résilience, avec Lisbeth Røyneland, présidente de l’association norvégienne des victimes du 22 juillet 2011, et Lena Fahre, directrice du Centre.

Les membres de la délégation ont ensuite embarqué sur le MS Thorbjørn, ferry qui relie le rivage du Tyrifjord à l’île d’Utøya, à une quarantaine de kilomètres d’Oslo. Guidés par Jørgen Watne Frydnes, l’une des cinq personnes travaillant à Utøya, ils ont découvert le riche passé de l’île, depuis sa vente par un Premier ministre de la droite radicale au Parti travailliste en 1932, jusqu’à sa cession aux jeunes travaillistes norvégiens en 1950, et son importance dans l’histoire politique de la Norvège.

Après avoir emmené les membres de la délégation faire le tour de l’île et suivre avec une intense émotion le parcours du terroriste sous une pluie battante, Jørgen Watne Frydnes a présenté les nombreuses questions soulevées autour de l’hommage aux victimes : respect du deuil des proches, choix du lieu de recueillement, discussion sur la destruction ou la protection des bâtiments, publication des échanges de SMS entre les jeunes présents sur l’île lors de la tragédie et leurs proches. Il s’agit d’un lieu privé, intime, conçu en respectant le rythme de chaque famille, et avant tout dédié aux victimes, à la différence du Centre sur le 22 juillet, qui est un lieu public, a-t-il observé.

Après de longues discussions avec les survivants et les proches de victimes, nous avons décidé de ne conserver que les murs de l’ancienne cafétéria, « kafébygget », où 13 jeunes ont perdu la vie. Autour d’elle, nous avons construit une nouvelle structure : les 495 piliers extérieurs représentent chacun un survivant de la tragédie, et chacun des 69 piliers intérieurs représente une victime, explique Atle Aas, l’un des architectes en charge du projet.

Enfin, Lise Eilin Stene, chercheuse et médecin, a présenté à la délégation française le travail du Centre norvégien d’études sur la violence et les traumatismes (NKVTS), en particulier le programme de recherche franco-norvégien PROTECT (Prospective Research on Terrorist Events and Collective Trauma) en partenariat avec l’INSERM et l’agence Santé publique France.

En quittant Utøya, la délégation a laissé la place à un groupe de collégiens, venus passer deux jours pour réfléchir aux valeurs démocratiques sur les lieux de l’évènement le plus marquant de l’histoire norvégienne d’après-guerre. Sur le bateau du retour, les membres de la délégation ont compris que « Hei, hei, på tide å stå opp og endre verda », inscrit sur le pont, était le dernier vers du poème de Frode Grytten, écrit quelques jours après le drame et affiché dans le nouveau kafébygget. Il signifie « bonjour, bonjour, il est temps de se lever et de changer le monde ».

La délégation remettra ses recommandations à l’Elysée au premier trimestre 2020.

Retrouvez toutes les informations sur le travail de la DIAV, de la mission de préfiguration du musée mémorial dédié aux victimes du terrorisme, du Centre du 22 juillet 2011, et d’Utøya.
Aftenposten a suivi la visite de la délégation à Utøya. Le reportage est disponible en ligne.


MS Thorbjørn, ferry qui relie le rivage du Tyrifjord à l’île d’Utøya

Sur le ponton de l’île d’Utøya

Le "chemin de l’amour" (Kjærlighetstien) surplombe de haute falaises sur le versant ouest de l’île

Monument en mémoire aux 69 victimes d’Utøya, au nord de l’île

Nouveau bâtiment "kafébygget", au centre de l’île

Nouveau "kafébygget" : 495 piliers extérieurs représentent un survivant de la tragédie, et chacun des 69 piliers intérieurs représente une victime

Lise Eilin Stene (NKVTS) traduit en français les échanges de SMS entre les jeunes présents sur l’île lors de la fusillade et leurs proches

Poème "Etter 22. juli" de Frode Grytten, affiché dans le kafébygget

Extrait du poème "Etter 22. juli" de Frode Grytten, sur le pont du ferry MS Thorbjørn

Centre du 22 juillet

Centre du 22 juillet

La délégation a été accueillie à la Résidence de France par l’Ambassadeur de France en Norvège, Pierre-Mathieu Duhamel

publié le 24/10/2019

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